MELCHIOR (L.)


MELCHIOR (L.)
MELCHIOR (L.)

MELCHIOR LAURITZ (1890-1973)

Il y a des records difficiles à battre. Quand Lauritz Melchior fit ses adieux à la scène au Metropolitan Opera de New York dans Lohengrin, en 1950, il avait chanté en scène 229 fois Tristan, 188 fois Siegmund, 144 fois Tannhäuser, 128 fois le jeune Siegfried, 107 fois celui du Crépuscule des Dieux , 106 fois Lohengrin et 81 fois Parsifal. Pour faire bonne mesure, le Heldentenor à la retraite s’embarqua aussitôt dans un Lauritz Melchior Show qu’il chanta 251 soirs de suite.

Hollywood employa aussi à l’époque le géant débonnaire, dans des comédies musicales avec Esther Willams ou Kathryn Grayson. L’indestructible Melchior célébrera son soixante-dixième anniversaire en chantant le premier acte de La Walkyrie pour le roi du Danemark, en privé. L’énergie et la splendeur de ses illustres appels («Wälse!») étaient, semble-t-il, intactes. Plus tard, peut-être par nostalgie de ces grands fauves dont il avait été un chasseur passionné, il consacrera une partie de sa fortune à un noble projet: découvrir et reformer une espèce que son départ a laissée en voie d’extinction, les grands ténors wagnériens.

La fantastique longévité de sa carrière, remarquable par la fraîcheur de moyens restés insolemment intacts, témoigne qu’il était déjà, à son époque, l’exception. Formé comme baryton, il débuta dans Silvio de Paillasse en 1913, à Copenhague. De charmants disques de cette époque nous ont gardé un souvenir de lui dans ce répertoire, juvénile, charmeur, brillant. Il retravailla sa voix avec Vilhelm Herold, et se retrouva ténor à partir de 1918, toujours attaché à l’Opéra de Copenhague, mais ses moyens débordant, eux, de plus en plus son répertoire. Il sut franchir le pas, et sut ne pas compter trop sur sa seule stature herculéenne et ses moyens gigantesques. Il eut la rarissime sagesse de s’arrêter complètement presque trois ans, travaillant son futur emploi de ténor wagnérien avec Ernest Grenzebach à Berlin et Anna Bahr von Mildenburg, l’Isolde de Mahler, à Munich. Cette prudence est plus exceptionnelle encore que ses dons. Aussi ses débuts en Siegmund à Covent Garden, en 1924, furent-ils simplement fracassants. Bayreuth suivit ce même été, et Melchior devait y être l’indispensable héros des festivals jusqu’à la fin de l’ère Siegfried et Cosima Wagner, c’est-à-dire en 1931. Avec Nanny Larsen-Todsen et Frida Leider en Brünnhilde et Isolde il formait le couple héroïque idéal. Avec Tannhäuser, en 1926, il inaugurait au Metropolitan Opera de New York un plein quart de siècle de triomphes, record d’endurance sans doute plus impressionnant encore que la statistique quantitative de ses performances. Également fêté à Berlin, Paris ou Hambourg, Melchior ne s’aventure qu’exceptionnellement hors du territoire wagnérien, dans Le Prophète , Aïda ou Fidelio . Cependant son Otello monumental est resté légendaire. Artistiquement, le sommet de la carrière de Melchior ne se situa sans doute ni à Bayreuth ni à New York mais à Londres, où il donna quinze ans durant, des Ring ou des Tristan avec des chefs comme Walter, Furtwängler ou Beecham, et avec des partenaires d’aussi haut rang que Leider, Kappell, Lubin, Lotte Lehmann. Avec cette dernière, Melchior enregistrait en 1936, à Vienne, sous la direction de Bruno Walter un premier acte de La Walkyrie qui est un classique absolu du disque. Mais c’est avec Kirsten Flagstad que Melchior inaugurait, au milieu des années 1930, une association musicale de géants qui allait, à elle seule, définir un âge d’or.

Un considérable héritage discographique en 78 tours a préservé, dans toute sa fraîcheur, le timbre héroïque et enthousiaste, et l’irréprochable ligne de chant d’un artiste aux moyens d’une facilité presque monstrueuse, qu’on a pu prétendre médiocre musicien et acteur à cause de cette même facilité. Les enregistrements scéniques ont fait justice de cette calomnie en révélant la surprenante régularité et la discipline souveraine de cette personnalité hors du commun lors d’innombrables soirées de Londres ou de New York, généralement avec Flagstad. Melchior chantait les héros de Wagner avec une poésie, une musicalité, une ligne, une plasticité vocales et évidemment une endurance exceptionnelles. D’à peu près tous ses rôles il nous reste des documents sonores qui attestent ce que peut la nature lorsque la volonté, l’ascèse et trois ans de patience lui préparent ses vraies voies.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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